Le mutisme sélectif chez l’enfant : comprendre et accompagner ce trouble anxieux

Le mutisme sélectif est un trouble anxieux qui se manifeste principalement dans l’enfance. Il se traduit par une incapacité régulière à parler dans certaines situations sociales, alors que l’enfant parle parfaitement dans d’autres contextes, typiquement à la maison avec des proches.

Qu’est-ce que le mutisme sélectif ?

Contrairement à la timidité, le mutisme sélectif ne relève pas d’un choix ou d’un caprice de la part de l’enfant. Il s’agit d’une véritable impossibilité à s’exprimer oralement dans des contextes spécifiques, généralement là où la pression sociale ou la nouveauté sont fortes : école, sorties, présence d’adultes ou d’enfants peu familiers.

Comment reconnaître le mutisme sélectif ?

L’enfant présente des signes très spécifiques :

  • Parle librement à la maison mais se mure dans le silence à l’école ou face aux inconnus.
  • Évite le regard, semble tendu, peut fuir le contact visuel.
  • Peut avoir une posture figée ou se cacher derrière un adulte.
  • S’appuie sur des gestes, des expressions faciales ou des hochements de tête pour communiquer.
  • Présente des signes d’anxiété : maux de ventre avant de partir à l’école, crises de colère ou troubles du sommeil.

Il est important de ne pas confondre avec la timidité ordinaire, l’opposition ou les troubles du comportement. Dans le mutisme sélectif, le silence est une façon involontaire de se protéger d’une anxiété intense.

Les causes et profils d’enfants concernés

Les causes sont complexes et multifactoriels :

  • Prédisposition à l’anxiété sociale ou familiale.
  • Enfants exilés/bilingues (conflit de loyauté linguistique, intégration difficile).
  • HPI, troubles cognitifs ou langagiers.
  • Traumatisme psychologique, surexposition aux écrans, isolement social.
  • Profil de tempérament réservé, environnement peu sécurisant ou exigeant.

Le trouble apparaît le plus souvent entre 2,5 ans et 4 ans, rarement plus tard. Il touche environ 7 enfants sur 1000, avec une majorité de cas repérés lors de la première entrée à l’école.

Diagnostic du mutisme sélectif

Le diagnostic nécessite une observation approfondie par un professionnel : orthophoniste, psychologue ou pédopsychiatre. Il s’agit d’éliminer d’autres causes potentielles : troubles du langage, autisme, phobie sociale, opposition, etc.
Le DSM-5 décrit le mutisme sélectif comme un échec constant à parler dans certaines situations sociales malgré une capacité préservée dans d’autres.

La prise en charge du mutisme sélectif

Il ne s’agit pas d’attendre que l’enfant “s’en sorte tout seul”. Une démarche thérapeutique et éducative est souvent nécessaire :

  • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC), avec exposition progressive à la parole.
  • Travail avec les enseignants pour créer un climat scolaire bienveillant et sans pression.
  • Sensibilisation de la famille pour éviter la stigmatisation et favoriser les encouragements.
  • Soutien émotionnel, création de petits défis adaptés et valorisation des progrès.
  • En cas d’anxiété importante, un traitement médicamenteux (ISRS) peut être proposé, sous suivi médical étroit.

Conseils pratiques pour les proches et professionnels

  • Adopter une posture patiente et respectueuse, ne pas forcer l’enfant à parler.
  • Proposer des alternatives à la parole (gestes, dessins, réponses écrites).
  • Valoriser chaque petite avancée, jamais punir le silence.
  • Collaborer étroitement avec les équipes éducatives pour adapter l’environnement.

Le mutisme sélectif est souvent mal compris : il s’agit d’un trouble anxieux qui peut évoluer avec un accompagnement adapté. Une prise en charge précoce et bienveillante donne une vraie chance à l’enfant d’oser sa voix en toute confiance.

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